Simorg
Frantz Grenet - Page personnelle
Peinture des ambassadeurs


Chronologie de l'Asie centrale

Du Chalcolithique à 1920

De l'Âge du cuivre à l'Âge du Fer | Achéménides et royaumes grecs
Le temps des nomades | La conquête arabe et les dynasties turques
La conquête mongole et la période Timuride | Des Ouzbeks aux Russes

Carte de l'Asie centrale

[agrandir la carte]

De l'Âge du cuivre à l'Âge du Fer (4500 - 450 av. J.- C.)

4500 - 4000 av. J.-C.: Epoque Chalcolithique (« Âge du Cuivre »); première apparition (controversée) de l'agriculture irriguée au Turkménistan, sur le piémont de Kopet-dag (site de Geoksyur).

3500 - 2500 av. J.-C.: Même phénomène en Sogdiane (vallée du Zerafshan), attesté au site proto-urbain de Sarazm (fouilles françaises).

2500 - 1800 av. J.-C.: « Âge du Bronze ». Brillante civilisation urbaine « bactrio-margienne » (au Turkménistan: Namazga-depe, Altyn-depe; en Bactriane: Djarkutan). Grands sanctuaires en terrasses (prototypes des ziggourat de Mésopotamie?). La « Route du lapis-lazuli », exploitée dans les montagnes du nord-est de l'Afghanistan, préfigure ce qui sera plus tard la « Route de la Soie ». Contacts avec la civilisation élamite de Suse et avec la « Civilisation de l'Indus ».

1800 - 540 av. J.-C.: « Bronze récent  », puis « Âge du Fer ». Profonds bouleversements: effondrement des anciens centres urbains, suivi de l'apparition des pôles désormais connus dans l'histoire (Merv, Samarkand, Bactres). Vers la fin de la période, la vie urbaine apparaît également au Khorezm (le pays au sud de la Mer d'Aral). Probable renouvellement du stock ethnique, lié à l'installation des peuples indo-européens: Indo-Aryens en route vers l'Inde, puis à partir de 800 environ, Iraniens en route vers l'Iran mais dont certains peuples s'installent en Asie centrale dont ils déterminent les grandes régions historiques (Sogdiens, Bactriens, Margiens, Chorasmiens du Khorezm). Diffusion de la religion zoroastrienne (marquée sur le plan archéologique par la disparition des nécropoles, liée à la généralisation du rite d'exposition des corps).^

Achéménides et royaumes grecs (540 - 130 av. J.-C.)

540 - 330 av. J.-C.: A la suite des campagnes de Cyrus et de Darius Ier, l'Asie centrale est pour la première fois de son histoire incorporée à un empire du plateau iranien, l'empire perse achéménide. Toutefois, le Khorezm s'en émancipe rapidement. Le long du Syr-darya, un front s'établit contre le monde de la steppe (alors peuplé d'Iraniens nomades, les Scythes).

329 - 328 av. J.-C.: Campagnes d'Alexandre le Grand en Bactriane et en Sogdiane, prise de Samarkand (Maracanda).

327 - 130 av. J.-C.: A partir de 306, Démodamas, général de Séleucos Ier, reconstitue la ligne de défense septentrionale de l'empire grec face à la steppe (refondation de Merv, fortifications sur le Syr-darya). La dynastie grecque des Séleucides, centrée sur la Syrie et la Mésopotamie, garde le contrôle de l'Asie centrale (sauf le Khorezm) resté indépendant sous ses propres rois) jusqu'en 247. Puis division politique:
* Le Turkménistan tombe aux mains d'une dynastie iranienne nomade, celle des Parthes (capitale Nisa), qui à partir de là va progressivement arracher aux Grecs le plateau iranien;
* La Sogdiane (capitale Samarkand) et plus au Sud la Bactriane (capitale Bactres) restent en possession d'une dynastie grecque indépendante qui succombe face aux nomades entre 150 et 130 environ.^

Le temps des nomades (130 av. J.-C. - 642 ap. J.-C.)

130 av. J.-C. - 230 ap. J.-C.: Au lendemain de la chute des derniers rois grecs, la Chine entre en contact direct avec l'Asie centrale. Commencement et apogée de la « Route de la Soie », qui relie la Chine au monde romain et dont l'axe principal passe alors par la Bactriane. Politiquement, l'Asie centrale se trouve alors partagée en quatre ensembles:
* au Turkménistan: poursuite de la domination des Parthes qui continuent à se dire « philhellènes » (« amis des Grecs ») et à cultiver un héritage artistique hellénistique. La branche de la dynastie qui règne à Merv s'émancipe.
* en Bactriane, constitution du grand empire des Kouchans, d'origine nomade comme celui des Parthes, et qui déborde sur l'Inde à partir du Ier s. ap. J.-C.. Il maintient lui aussi certaines traditions grecques, tout en favorisant la première grande expansion du bouddhisme en Asie centrale, d'où il gagnera à son tour la Chine.
* au Khorezm, royauté indépendante influencée par les Parthes et les Kouchans (palais de Toprak-kala au IIIe s.).
* même situation en Sogdiane.

230 - 350: Nouvelle poussée exercée depuis l'Ouest. Il s'agit en l'occurrence de l'Iran, où la dynastie « nationaliste » des Sassanides a arraché le pouvoir aux Parthes « philhellènes ». Ils s'emparent de la Margiane et de la Bactriane. Toutefois le Khorezm et la Sogdiane restent hors de leur contrôle, même si leur influence culturelle s'y exerce. Première implantation du christianisme en Asie centrale (sous la forme de l'hérésie nestorienne, dont les Eglises subsisteront par endroits jusqu'au XVe s.).

350 - 560: succession d'invasions depuis le monde des steppes. Grosso modo, chacune de ces vagues marque un renforcement de l'élément turc aux dépens de l'ancien élément iranien nomade:
1/ Vers 350 - 460: invasions dévastatrices des « Huns » (lointains cousins de ceux d'Attila). Interruption de la Route de la Soie, déclin temporaire de Samarkand.
2/ Vers 460 - 560: empire des « Huns Hephtalites », qui englobe l'ouest du Turkestan chinois, la Sogdiane, la Bactriane, l'Inde du nord-ouest, et temporairement la Margiane. Adversaires redoutables des Sassanides (ils tuent au combat leur roi Peroz en 484), ils jouent dans leur propre empire un rôle plutôt intégrateur. L'axe principal de la Route de la Soie bascule vers le nord, ce qui entraîne le début de la grande prospérité sogdienne. Seconde vague bouddhiste en Asie centrale (en provenance notamment du Cachemire).
3/ Vers 560 - 630: le premier empire qui se soit intitulé « turc », gouverné depuis la Mongolie. Partage de l'Asie centrale avec les Sassanides (qui récupèrent Merv et la Bactriane). Contacts diplomatiques et commerciaux avec Byzance, pour lesquels les marchands sogdiens jouent un rôle essentiel.

de 630 à la conquête arabe: morcellement de l'empire turc. Les principautés d'Asie centrale s'émancipent de la suzeraineté théorique de la Chine des Tang. Apogée de l'art sogdien (voir peinture des Ambassadeurs), qui rayonne sur les autres régions. Au Khorezm, dynastie des Afrigides: période dite « féodale » (généralisation de l'habitat en manoirs fortifiés).^

La conquête arabe et les dynasties turques (642-1220)

642 - 750: la conquête arabe (la dernière conquête venue de l'ouest dans l'histoire de l'Asie centrale). 632: mort de Mahomet. 642: invasion de l'Iran. Sous la dynastie des Umayyades, conquêtes de Merv (652), Boukhara (709), Khorezm et Samarkand (712). La noblesse locale continue de résister et la Sogdiane n'est véritablement pacifiée que dans les années 740. Alors seulement commence l'islamisation de masse.

750 - 819: L'Asie centrale est administrée depuis Merv par les gouverneurs du calife abbasside de Bagdad.

819 - 999: Des dynasties de gouverneurs issues de la noblesse locale islamisée s'émancipent, tout en reconnaissant formellement l'autorité du calife: les Tahirides (capitale à Nichapour), puis les Samanides (capitale à Boukhara à partir de 874). Grand essor économique et culturel. Résurrection de la langue persane, qui s'impose peu à peu comme langue de culture aux dépens de l'arabe.

999 - 1157: Emergence des premières dynasties turques musulmanes:
* en Transoxiane (nouveau nom de la Sogdiane), et au-delà vers l'est: les Kharakhanides, condominium familial originaire de Kachgar. Samarkand devient l'une de leurs principales capitales. Grande activité de bâtisseurs (avec notamment le Minar-i Kalyan à Boukhara).
* en Margiane, à partir de 1040: les Seljoukides, qui de là conquièrent progressivement l'Iran, la Syrie et l'Anatolie. Dans la partie orientale de leurs empire leur grand homme est le sultan Sandjar (règne de 1096 à 1167), qui rebâtit une nouvelle Merv centrée sur son mausolée. Mais à la fin de son règne les raids des Turcs Oghouz font retomber le pays dans le nomadisme.
* au Khorezm, les gouverneurs des Seljoukides s'émancipent et s'étendent (dynastie des Khorezmshahs), en bénéficiant de la réorientation de la Route de la Soie en direction des steppes russes (déjà...).

1157 - 1220: Les Khorezmshahs éliminent tous leurs rivaux. Pour quelques années (1212-1220) Samarkand devient la capitale d'un immense empire qui regroupe tous les pays iraniens (Asie centrale, Afghanistan, Iran).^

La conquête mongole et la période Timuride (1220-1500)

1220 - 1223: Invasion des Mongols de Gengis-khan. Anéantissement de l'empire des Khorezmshahs. Merv est entièrement détruite, Boukhara et Samarkand réduites au quart de leur population, les campagnes dépeuplées.

1227 - 1370: L'Asie centrale est partagée entre les descendants de Gengis-khan:
* La Transoxiane revient aux descendants de Djaghataï (deuxième fils de Gengis-khan), qui résident plus au nord, vers l'actuelle Alma-ata, et laissent administrer les villes par des gouverneurs locaux. La vie renaît très lentement. En 1262-1265 le père et l'oncle de Marco Polo séjournent à Boukhara et Samarkand lors de leur premier voyage (Marco Polo lui-même n'y mettra jamais les pieds et passera plus au sud). Régression partielle de l'Islam, concurrencé par le chamanisme des Mongols et par le christianisme nestorien; puis réislamisation par les ordres soufis (notamment celui des Naqshbandis).
* Le Khorezm revient aux khans de la Horde d'Or, qui résident sur la Volga. Une certaine prospérité renaît sur cet axe commercial.
* La Margiane devient la marche-frontière des Ilkhans, les khans mongols de Perse: renforcement des confédérations nomades.

1370 - 1405: Règne de Tamerlan (Timur Lang, « Timur le Boiteux »), issu de la noblesse turco-mongole de Transoxiane, et qui gouvernera au nom de khans fictifs « djaghataïdes ». Il reconstruit Samarkand sur un nouveau site et y déporte les artisans de tout son immense empire qui va de la Syrie à l'Inde. Mais au Khorezm il détruit Kunya-Urgentch (1388) et ravage le système d'irrigation du pays, qui ne se relèvera jamais véritablement. En 1404, voyage à Samarkand de Clavijo, ambassadeur du roi de Castille, qui a laissé un remarquable récit (maintenant disponible en français).

1406 - 1449: Règnes réparateurs de Shah Rokh, dernier fils de Tamerlan (à Hérat) et de son fils l'astronome Ulugh beg (gouverneur, puis roi à Samarkand). Merv est rebâtie sur un nouveau site, mais à des dimensions plus modestes qu'auparavant.

1449 - 1500: Après l'assassinat d'Ulugh beg à l'instigation des derviches, l'empire de Tamerlan sombre peu à peu dans les luttes de succession. Son plus valeureux descendant, Babur, un moment roi de Samarkand, s'enfuit devant l'invasion des Ouzbeks, la dernière invasion nomade qu'ait connue l'Asie centrale, et va fonder en Inde la dynastie des Grands Moghols (lire ses Mémoires, eux aussi disponibles en Français).^

Des Ouzbeks aux Russes (1500-1920)

1500 - 1599: Dynastie Cheïbanide, fondée par les khans ouzbeks (descendants de Gengis-khan, venus de Sibérie occidentale). Capitale à Boukhara. Merv est disputée par les Safavides d'Iran au cours de nombreuses guerres. Une branche collatérale des Cheïbanides s'installe au Khorezm (capitale Khiva).

1599 - 1785: Dynastie Janide, apparentée aux Cheïbanides. Dernière floraison monumentale à Samarkand et Boukhara dans la première moitié du XVIIe s.; mais le XVIIIe s. voit une profonde décadence (raid du Shah d'Iran Nadir Shah en 1740, première défaite des peuples d'Asie centrale devant l'artillerie; Samarkand est à un moment presque complètement dépeuplée). Au Turkménistan, les tribus s'adonnent à la capture des pèlerins de Méched, revendus comme esclaves notamment sur le marché de Boukhara.

1785 - 1920: A Boukhara, dynastie Mangit. Un certain effort de modernisation militaire au début du XIXe s.; mais bientôt l'histoire de l'émirat se résume à celle de la progression de l'armée russe: Tachkent (1865), Samarkand (1868), Khiva (1873). Au Turkménistan, la principale résistance vient de la confédération des Tekkes (massacre de Geok Tepe en 1881; Merv se livre d'elle-même en 1884). La construction du chemin de fer transcaspien désenclave la région (1881 - atteint Samarkand en 1888, Tachkent en 1899). La culture du coton, semble-t-il introduite par les Grecs 2000 ans auparavant, est intensivement développée par les Russes dès les années 1880, notamment au Ferghana. Le conflit menaçant avec l'Angleterre est réglé lorsque l'Afghanistan est finalement reconnu comme Etat-tampon et sa frontière nord délimitée (1895). L'émirat de Boukhara subsite comme protectorat jusqu'en 1920, ainsi que celuide Khiva qui reste jusqu'à la fin l'ultime foyer de l'architecture et de l'artisanat traditionnels.^

     
cheval

Conception et réalisation: Charles et Julien Grenet - Dernière mise à jour: 15 septembre 2011

 

© Copyright Mafouz 2011 - Tous droits réservés

cheval