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Frantz Grenet - Page personnelle
Peinture des ambassadeurs


Fouilles sur le site de Samarkand (Afrasiab)

De l'Age du Fer aux invasions mongoles (XIIIe siècle)

Responsables: Frantz GRENET et et Mukhammadjon ISAMIDDINOV

Origines | Période grecque | Période sogdienne | Période islamique

Site d'Afrasiab

Sur ce site de 219 hectares [fig. 1], exploré de manière active mais sans réelle continuité depuis 1873 par des équipes russes [fig. 2], puis soviétiques, les efforts de la MAFOUZ ont porté presque exclusivement sur la zone de l'acropole, où durant toute la durée d'existence d'Afrasiab se sont concentrés les monuments du pouvoir (politique, militaire, religieux) [fig. 3].

Les origines (VIe s. av. J.-C. - 329 av. J.-C.)

Le plus ancien rempart de la ville a été découvert en 1991 à la limite sud-est de l'acropole, séparant celui-ci de la ville basse; par la suite il a pu être repéré sur tout le pourtour du plateau urbain (5,5 km) [fig. 4] [fig. 5] [fig. 6] [fig. 7].

RempartsIl s'agit d'un mur massif de 6 m d'épaisseur, maçonné en grosses briques plano-convexes portant toutes des marques identifiant les brigades chargées de la construction des différents secteurs [fig. 8]. La ville est donc née d'une initiative étatique qui a immédiatement concerné l'ensemble du plateau, avec à l'intérieur de celui-ci l'aménagement d'une défense particulière pour l'acropole. La date, pré-achéménide ou achéménide ancienne, reste incertaine. Il est probable que cette première fondation urbaine est allée de pair avec la mise en eau de celui-ci à partir du réseau d'irrigation de la plaine, mise en eau dont les sondages sur le canal central de la ville attestent positivement l'existence à partir de l'époque achéménide.^

Période grecque (329 av. J.-C. - IIe s. av. J.-C.)

RempartsLa période grecque (de 329 au milieu du IIe s. av. J.-C., en deux phases différenciées par leur céramique et séparées par une occupation nomade) n'était jusqu'à une date récente connue que par ses remparts à corridor intérieur qui, comblés et épaissis, sont restées jusqu'à la fin de l'histoire du site le noyau des fortifications urbaines [fig. 9] . Les travaux propres de la mission ont concerné la porte nord de la ville (« Porte de Bukhara ») [fig. 10] [fig. 11] [fig. 12] [fig. 13]. La découverte intervenue depuis d'un grenier à céréales situé en plein centre de l'acropole est venue enrichir le tableau, tout en restant cohérente avec l'image d'un poste militaire avancé [fig. 14]. Ce grenier construit durant la première phase et inséré dans une dépression naturelle comprenait huit pièces dallées de briques crues, chacune mesurant 11,5 x 5,5 m et susceptible de contenir environ 75 tonnes de grains. Calcinés par l'incendie qui a mis fin à l'existence du bâtiment, les grains ont en partie subsisté jusqu'à une hauteur supérieure à 1 m; selon les pièces il s'agit tantôt de millet, tantôt d'orge (dans un cas stockée déjà sous forme de gruau). L'incendie a probablement eu une cause accidentelle, car les sapeurs de la garnison tentèrent d'en contrôler la propagation en sciant les poutres maîtresses des toits, ce qui entraîna la chute régulière de l'un d'eux au moins, retrouvé avec toute sa structure par les fouilleurs.^

Période sogdienne (Ve - VIIIe s.)

Inscription sogdienneLa grande période préislamique dite proprement « sogdienne », qui s'étend du Ve au début du VIIIe s. et représente l'apogée du rôle de Samarkand dans le grand commerce international, est relativement peu représentée sur le site en raison des nivellements intervenus au début de la période islamique. Toutefois un ensemble exceptionnel de peintures murales de commande royale, découvert en 1965 par nos prédécesseurs, constitue l'un des objets d'étude de la mission (voir ici pour une tentative de restitution) [fig. 15]. Cette période est aussi représentée dans les fouilles récentes par diverses trouvailles: figurines de terre cuite venues enrichir le répertoire existant [fig. 16] [fig. 17] [fig. 18] [fig. 19], statuette en bronze doré du bodhisattva Avalokiteshvara (élément d'un autel portatif de fabrication impériale chinoise du début du VIe s.), quelques inscriptions sogdiennes sur vases dont la plus ancienne connue (Ier s. avant ou après J.-C.) [fig. 20 ].^

Période islamique (VIIIe - XIIIe s.)

Palais ummayade (VIIIe - IXe s.)

plan du site d'AfrasiabLe premier siècle après la conquête arabe de 712 a notamment été marqué par la construction de deux palais dont rien ne permettait avant les travaux de la mission de soupçonner l'existence: les textes sont muets à leur égard. Le plus ancien fut édifié sans doute dans les années 740 sur l'ordre de Nasr ibn Sayyâr, dernier gouverneur de la région pour le compte de la dynastie umayyade [fig. 14]. Mesurant 120 x 80 m, il occupait l'emplacement d'une grande enceinte rasée qui avait peut-être appartenu au temple préislamique. A une date qu'on peut situer entre 765 et 780 sa surface se trouva réduite par suite de la construction de la première grande mosquée, dont l'agrandissement vers 820-830 entraîna sa disparition complète [fig. 14] [fig. 21]. Ce palais est le plus ancien monument d'architecture civile musulmane qui soit parvenu jusqu'à nous en Asie centrale. Construit en appareil alterné de briques crues et de blocs de pisé, il présente un plan bâtard, avec des éléments hérités des palais sogdiens préislamiques (la salle du trône fermée, les grands corridors omniprésents) et d'autres plus innovants, empruntés aux palais umayyades (les beyt, ensemble de pièces groupés en carré autour d'une cour et dallées de briques cuites dont certaines portent un tampon en écriture coufique); tout cela construit dans l'improvisation, sans grand souci de régularité, malgré une dépense considérable qui se manifeste dans l'épaisseur des murs (jusqu'à 4,20 m). Il semble n'avoir jamais servi de cadre résidentiel et avoir abrité des administrations, à certains moments des bains, ainsi qu'une école de scribes dont témoigne un exercice d'alphabet arabe.^

Palais d'Abu Muslim (VIIIe - Xe s.)

L'occupation négligée de ce palais, peut-être même resté inachevé dans certaines parties intérieures, peut s'expliquer par l'apparition très peu de temps après d'un monument évidemment destiné à le remplacer dans ses fonctions les plus prestigieuses. Construit sur le plateau à l'est du donjon de la citadelle, siège de l'autorité politique depuis l'Antiquité, il se présente comme une réalisation beaucoup plus élaborée que le précédent, et dont la régularité mathématique traduit l'intervention d'un architecte professionnel. Cet architecte était profondément pénétré des principes de l'architecture palatiale umayyade, elle-même synthèse repensée des architectures byzantine et sassanide, et il venait probablement d'un pays de vieille conquête arabe (Syrie, Iraq, voire Iran): en témoigne par exemple l'utilisation de colonnades monumentales en briques crues, l'une péristyle et l'autre en portique excentré; ces colonnades sont totalement étrangères à la tradition locale et absentes de l'autre palais. Le commanditaire de cette réalisation architecturale fut certainement Abu Muslim, organisateur principal de la révolution abbasside et premier gouverneur de la région pour le compte de ces derniers (749-755). Ce Persan admirateur des Sassanides voulait s'affirmer comme le digne représentant de la nouvelle dynastie, et peut-être davantage, dans la ville qu'il destinait à servir de base à une nouvelle expansion vers les territoires chinois. L'exécution d'Abu Muslim sur l'ordre de ses anciens obligés entraîna là aussi l'inachèvement du programme; le monument restructuré (les colonnades furent sacrifiées) continua d'être occupé jusqu'au Xe siècle.^

Epoque karakhanide (XIIe s.)

Peinture de l'époque karakhanideSur l'emplacement de sa ruine furent construits à l'époque karakhanide, plus précisément dans la seconde moitié du XIIe s., plusieurs pavillons de plaisance qui dominaient au nord le vallon du Siyab et dépendaient d'un palais situé au sommet de la citadelle (disparu dans les anciennes fouilles). L'un des pavillons avait reçu un décor peint sur tous les murs de sa véranda intérieure [fig. 22]. Détruit intentionnellement, peut-être au moment de la prise de Samarkand en 1212 par le Khwârezmshâh Muhammad, il subsiste en morceaux tombés à terre, dont le dégagement, la consolidation et le réassemblage demanderont encore plusieurs années. Les parties reconstituées permettent d'apprécier l'extrême finesse de l'exécution et la diversité des thèmes: oiseaux dans un décor floral parcouru d'inscriptions laudatives en arabe et de poèmes en persan, danseurs, frise de chiens de chasse, cavaliers, archer turc présentant une flèche (symbole de souveraineté), péris (femmes ailées), composition mythologique dont le sens reste à découvrir (un aigle gigantesque posé sur une montagne devant laquelle est couchée une Harpie). Ces peintures constituent d'ores et déjà un chaînon majeur dans l'histoire des arts figurés iraniens, entre la grande peinture préislamique et l'émergence de la miniature persane.^

     
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Conception et réalisation: Charles et Julien Grenet - Dernière mise à jour: 15 septembre 2011

 

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